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Consigne du devoir du Goût de Lakevio :

Mince ! J’ai failli oublier d’occuper votre week-end !
Je n’avais pas pensé à ce fichu devoir !
Avant-Hier, j’ai entendu un peu parler  de Bourganeuf et beaucoup de « Poupou » Alors je vais vous dire deux mots de Bourganeuf dont je ne sais pas grand’chose.
D’ailleurs lectrices chéries, je n’ai jamais mis les pieds à Bourganeuf.


J’aimerais néanmoins que vous me racontiez quelque chose qui parle de vélo.
J’espère que ce tableau de Miki de Goodaboom vous inspirera.

*

C'était il y a un peu plus de soixante ans.

Luchon, à cette époque, vivait les derniers éclats de son lustre d'antan. Les années de guerre avaient largement entamé la fortune des grandes familles qui venaient y prendre les eaux. On y croisait encore quelques femmes en robe du soir et bijoux scintillants qui se rendaient au casino, des hommes en smoking, des voitures qu'on ne voyait habituellement qu'à Paris. Un prince logeait, avec son chat persan bleu, dans le quatre étoiles qui jouxtait notre immeuble. Mais cela sentait fortement la fin d'un monde.

Cette année là, j'avais " discuté " avec Roger Priouret, journaliste réputé à l'époque, qui louait chez nous un appartement le temps de sa cure. Nous avions très sérieusement parlé de mon chat.

C'était en 1956 et j'avais cinq ans.

A Luchon, le Tour de France était une institution voulue par la montagne pyrénéenne et son fameux col de Peyresourde.

Le plus intéressant était la caravane du tour. Mon oncle qui avait, lui, le droit de dépasser la maison, ramenait tout un tas de trucs qui étaient l'objet de colères terrifiantes de ma part : je voulais tout ! Lui aussi. Je finissais par avoir beaucoup grâce à mes grand-mères qui n'en pouvaient plus de mes hurlements...

En 1956, je peux l'affirmer, Luchon était ville étape. Je le sais parce qu'une équipe logeait dans ledit quatre étoiles.

Les coureurs, juste après la course et toujours sur leur vélo, complètement hagards pour certains, déambulaient dans la ville à la recherche de leur hôtel.

Curieuse, je m'étais avancée à la limite de ma maison - aller plus loin m'était interdit - mais  bien au milieu du trottoir de l'allée.

Quelqu'un a dit : C'est Bahamontes !

Droit comme un I, sans tenir le guidon ( mais comment pouvait on faire du vélo sans tenir le guidon ? )    il arriva, sauta à terre abandonnant l'engin à un sbire, puis se dirigea vers l'hôtel. 

Que se passa t il dans la tête de cet homme, manifestement marqué par l'effort, pour me soulever de terre, me claquer une bise bien sonore, me reposer sans rien dire, et disparaître derrière la porte ? Je suppose qu'il était content de sa performance et qu'il a voulu partager son enthousiasme...

Je ne saurai jamais mais je m'en souviens comme si c'était hier.

Federico est encore de ce monde quelque part àTolède. Il a 91 ans. Il ne lira jamais ce blog mais je voudrais le remercier pour ce vieux souvenir auquel je pense tous les ans quand le temps du Tour de France revient. 

 

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Federico Bahamontes