Et caetera...Et caetera...

26 mars 2020

Confinement jour 15 ( oui, 15 )...

 Bref nous sommes confinés.

Reste que l'organisation, à la campagne, est plus facile pour certaines choses et plus compliquées pour d'autres.

Le " légumier " du marché nous a livré un panier tout fait : carottes, oranges, citrons, radis, oignons, patates, poireaux, mandarines, laitue, poires, concombre, courgettes, bananes pour 30 euros. C'est raisonnable.

La mairie fais les courses pour les plus de 75 ans. On nous a ajoutés à la liste malgré notre jeune âge ( sic ).  Il nous manquait cinq ans. Ils se sont rapprochés du petit Casino où nous devons commander. Puis prévenir le CCAS. Puis attendre que Casino nous rappelle pour le prix. Puis un bénévole vient chercher le chèque,  puis on nous le livre .

Pour les oeufs, c'est un voisin de Fille n°2.

Pour la boucherie, quand mes deux congelo seront vides, il y en a une sur les deux de la ville qui livre.

.En ce qui concerne Carrefour market c'est l'URSS. Aldi pareil.

Une dame nous a porté quatre kilo de farine et de la levure pour nous dépanner, et ça c'était super sympa !

Sinon tout va bien. Je fais le pain tous les jours. Des gâteaux aussi. Puis on désinfecte tout ce qui rentre, puis on joue au scrabble, puis on discute, puis je téléphone à ma copine, puis on s'emmer... alors on rejoue au scrabble....

Et puis j'ai décidé de relire mes vieux bouquins. Je viens donc de finir " Nous autres " d'Evgueni Ziamatine. J'adore ce bouquin. 

Et puis mes enfants et petits enfants me manquent. ....

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16 mars 2020

Dictature à domicile... et autres questions.

Alors bon, Fille n°4, qui travaille au CHU de Toulouse ( et qui sait donc de quoi il retourne ), nous a confinés d'office à la maison il y a trois jours.

Elle nous fait les courses, et comme elle travaille à l'heure où les boulangers pourraient lui vendre du pain frais qu'elle pourrait nous porter, ben le pain...c'est moi qui le fait.

Sauf qu'aujourd'hui, au moment de nous faire les courses, une bande d'abrutis égotistes dotés d'un QI de bigorneau après une heure de court bouillon, avaient dévalisé le Carrefour de notre gros village de 3000 âmes. Les ânes !

Qu'à cela ne tienne, j'ai fait une partie des courses chez une épicerie en ligne locale bio ( producteurs issus de notre Comminges ), qui livre gratuitement passé 20 euros de commande, et dans deux jours, nous aurons notre viatique. Bon, nous sommes dans le Saves, mais ils viennent en lisière aussi...

Ma mère, qui avait connu la guerre, avait toujours dans ses placards de quoi tenir un siège de plusieurs mois, et, au grand dam de Mari, elle m'a refilé cette crainte " de manquer ". Donc, dans mes deux congélos, il ya de quoi tenir un siège de plusi... etc...etc...

Bref, je peux ouvrir une cantine pour ceux qui, derechef, se trouveraient démunis de pâtes, de viande, de légumes et de fruits.

Mais quand même, il me manque des trucs. 

Etant casanière de nature, le confinement ne me dérange pas trop. Mais il se trouve que je suis aussi rétive à toute contrainte fondée ou pas. Résultat, intellectuellement, je me sens contrariée par le fait que SI je voulais sortir je n'en ai plus le droit. Réaction idiote j'en conviens.

Et comme nous avons un chien ( celui de ma fille avant qu'elle ne nous le donne ) et qu'il faut une attestation pour absolument toute incursion extérieure : Je demande à Choupi de ma la faire ou bien ?

Ou je me la fais à moi même ?

Et l'équipe d'empotés qui nous gouverne nous prépare quoi derrière ?

Je m'en fiche j'ai un jardin avec un banc. Je le mettrai au soleil....

Si il y en a.

 

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06 mars 2020

Mais vas y bon sang !

oh-jeff-_roy-lichtenstein.jpg

Devoir de Lakevio du Goùt n° 29 :

Ah... Ce « But » qui gâche tout dans certains cas.
Roy Lichtenstein l’avait bien senti qui le dessina dans les années soixante.
Si vous avez une histoire de « mais » à raconter, n’hésitez pas !

Dites le lundi.

***

- Oui, je t'aime... enfin, je t'aime bien quoi... Je t'aime comme un grand frère tu vois....

- ...

- Mais t'es où là ? Oh non, tu ne vas pas te mettre à pleurer devant tous les gens du bar ! Tu vas être ridicule...

- ...

- Mais non t'es pas tout seul... T'as un copain, appelle le... Mais si il viendra ! Il est toujours venu quand tu avais besoin de lui !

- ...

- J'entends plus rien... T'es où  ? Assis sur le trottoir ? Jeff, lève toi tout de suite ! T'as pas honte ? Je suis sûre que tu fais honte à voir, que les gens se moquent de toi !

- ...

- T'as appelé Ben ? Oui ? Qu'estce qu'il a dit ? Quoi ? Il te dit viens ? Mais vas y bon sang ! Mais si, il a encore des sous, il vient de vendre sa voiture....

- ...

- Ah... Il veut aller chez la Mère Françoise... Ben écoute, ça te changera les idées.... Oui, je sais qu'il y a des....des... enfin... des filles... On m'a dit qu'il y en a de nouvelles, d'ailleurs. Mais vas y Jeff, vas y !....

- ...

- Mais écoute, s'il veut amener sa guitare c'est génial ! Oui, je sais...il va encore faire l'Espagnol et tu n'aimes pas ça. Bah....un petit coup de flamenco chez Madame André, ça va donner le rythme.... Mais non, je ne me fiche pas de toi....

- ...

- Mais non Jeff, t'es pas tout seul... Vas chez Ben je te dis ! Mais non tu ne vas pas te foutre à l'eau...

- ...

- Je sais pas moi, prend une bonne cuite avec Ben, comme quand vous étiez jeunes.... Tu sais quand vous vouliez partir en Louisiane... Bon, je te laisse Jeff, je ne suis pas Rockfeller, faut que j'aille bosser.

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04 mars 2020

Corona virus et perplexité...

 

Le corona virus a au moins une vertu, celle de démontrer à la fois l'impréparation de nos gouvernants, et l'énergie  déployée pour sauvegarder l'économie au prix de la santé du peuple. Et pour certains, hélas, de leur vie.

Cela démontre également l'à propos cynique dont ils font preuve en assénant leur 49.3 en pleine épidémie. Les serpents ont le sang froid, tout le monde le sait.

Gouverner c'est prévoir disait Talleyrand. Oui, mais tout réside dans le choix de la prévention. Et c'est là que ma perplexité reste pantoise.

A Pibrac, petite ville de 8000 âmes à 15 Km au nord ouest de Toulouse, une famille revenant de Bali a dû faire une escale de 24 H à Singapour. Après avoir repris école et travail le lundi, le soir même, on leur intime l'ordre de rester confinés à leur domicile durant 14 jours.

Toute la famille ? Non ! Le père, lui, peut et donc doit aller travailler tous les jours.

Alors de deux choses l'une :

- On les teste pour savoir si oui ou non ils sont infectés et ils sont tous confinés.

- Ils ne le sont pas et chacun vaque à ses occupations.

Ce deux poids deux mesures concernant la famille est totalement incohérent. Si par une mauvaise fortune ils sont malades, le père va donc, chaque jour en infecter d'autres... puisqu'il vit chez lui avec sa famille malade...

C'est le même constat de n'importe quoi concernant le match à Lyon : on laisse rentrer 3000 supporters venant du foyer infectieux du nord de l'Italie et vogue la galère... alors qu'on intime l'ordre de confinement à des familles revenant du même endroit.

Quand on me dit que c'est de l'amateurisme, j'ai les poils qui se dressent : non ce n'est pas de l'amateurisme, c'est du cynisme pur et simple.

L'économie doit tourner. Point barre.

D'ailleurs Sibeth nous l'a dit : il y aura des morts.

Tant pis ?

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29 février 2020

Oh non pas lui !

devoir de Lakevio du Goût_28.jpg

Devoir de Lakevio du Goût

Consigne :

Cette toile me raconte une histoire...
Et à vous, que dit cette toile d’Aldo Balding ?
Dites lundi ce que cette image vous inspire…

***

Non pas lui ! Oh mon Dieu pas lui !  Je ne peux plus le voir : ni en peinture ni en photo. Pitié pas lui ! Plutôt mourir, là, tout de suite, que lui adresser la parole !

Cet homme est un monstre, un pervers, un sadique. Je lui dois des mois de stress, de panique et de larmes. Il m'a harcelée jusqu'au désespoir. Il m'a torturée jour après jour. Il voulait tout savoir de moi. Tout ! Et il s'en est servi contre moi !

Il m'en a fait baver au point que je n'avais plus envie de vivre. Je me levais chaque matin la peur au ventre, je rentrais chez moi dévastée, je ne dormais plus, je ne mangeais plus... Je n'étais plus que l'ombre de moi-même.

Il m'a tout pris. Ma dignité, mon courage, ma fierté, mes illusions... Même ma voiture. Il ne me reste rien. Plus rien.

Oh mon Dieu il m'a vue... Pire, il me regarde ! Il ne croit tout de même pas que... Oh non, il avance vers moi ! 

Regarder ailleurs. Feindre l'attente amoureuse impatiente devrait le décourager. Enfin je l'espère...

Quand je pense à la détermination qu'il a déployée à me soumettre, à me faire plier jusqu'à l'humiliation... J'en suis encore malade. Et le voir là, dans cette brasserie où je me croyais tranquille me révulse. Ah, j'en ai passé des nuits à pleurer ! A me demander comment me sortir de ce bourbier !

Il peut toujours se brosser pour que je lui accorde le moindre regard.

Oh non il vient vers moi... Je la connais trop bien son arrogance, le petit air qui lui fait remonter le coin droit de sa lèvre supérieure dans un rictus un soupçon ironique...

Je le connais, il jubile. Il se délecte de ma défaite. Il savoure mon impuissance à lui échapper...

Le voilà. Si jamais il a toupet de s'assoir à ma table je le gifle ! Ou je lui expédie sans préambule mon verre à la figure !

L'homme tire nonchalamment la chaise et s'assoit :

- Alors Madame Dupont-Durand,  vous êtes remise de mon contrôle fiscal ?

 

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24 février 2020

2184 : Le corona virus

 Pas sur la tête !  C'est une fiction ! ( du moins je l'espère )

 

Wuhan le 23 janvier 2184

 

Mon cher Arment,

Je te fais parvenir ma thèse concernant la pandémie meurtrière survenue de fin 2019 à 2020/21 et je suis sûr qu'en tant que professeur d'histoire tu seras conforté dans ton analyse de la situation.

Ce virus, comme tu le supputais était bien un croisement entre le Mers et la peste pulmonaire, lequel avait été " travaillé " dans un laboratoire, tu sais lequel, et contenant des caractéristiques précises notamment le critère de l'âge : inactif sur les moins de 30 ans, inoffensif jusqu'à 50 etc... Les malades chroniques étant aussi englobés dans le projet.

Comme les statistiques le prouvent, les plus de 70 ans ont connu une mortalité sans précédent, les malades chroniques aussi mais dans une proportion supérieure.

Arment, j'ai mis la main sur des documents secrets défense de manière tout à fait fortuite il y a deux mois. Il était au départ prévu de supprimer la plus grande partie des retraités, les malades et autres " faiblesses " de l'économie. Comme tu le sais, à cette période, le monde connaissait une crise et la fronde sévissait dans de nombreux pays. L'Occident agonisait, les manifestants ne lâchaient pas la rampe et les états ne savaient plus comment sortir du marasme sans perdre la partie. Tu sais aussi que l'Europe étouffait sous l'oeil indiffèrent de ses gouvernants pour le peuple. Et ledit peuple donnait des signes évidents de soulèvement.

Avec le virus, tout le monde est rentré chez soi. En comptant sur le fait que les morts ne sont plus là pour éclairer les jeunes générations sur les abus et réclamer quoi que ce soit...

L'idée du projet a germé fin 2018 sous la férule d'un comité mondial déterminé a débarrasser la planète des " coûteux inutiles ". Ils ont donc émis l'idée d'une pandémie mondiale les " effaçant " de la surface de la terre. Qui pourrait accuser qui que ce soit ? Imparable !

Enterrer les inactifs et ceux qui coûtaient sans rapporter leur a permis, entre la peur et l'absence de contestation " du monde d'avant ", de mettre en place une sorte de retour au servage.

Et en plaçant le départ de l'épidémie en Chine, ils faisaient coup double :

- d'une part, vu les us et coutumes tout semblerait logique

- d'autre part, ils bloquaient l'économie du pays. ( la leur aussi sur le moment mais à terme ils récupéraient fabriques et industries avec une main d'oeuvre locale pieds et mains liés, soumis aux conditions de leur monde nouveau ).

 

Voilà, le reste est dans ma thèse.

J'attends avec impatience tes commentaires sur la question. Bien à toi. 

Liu Hang

              

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21 février 2020

Sourire d'avril...

 devoir de Lakvio du Goût_27.jpg

Devoir de Lakevio du Goût :

Si vous commenciez votre devoir par :
« Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal. »
Le terminiez par :
« Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains. »
Tout ça en brodant pour lundi une histoire autour de cette aquarelle de John Salminen.
Ça vous dit ?

***

Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal. Enfin, c'est ce qu'il m'a dit... Connais pas. Jamais entendu parler.

Avril me parle d'autre chose. Quand j'étais petite, je souriais tellement rarement que mes grand-mères me surnommaient " Sourire d'avril ". On m'a dit que c'était l'enseigne d'un fleuriste à Paris. Mais bon, même en avril point de sourires. Rire oui, sourire non. Valable aujourd'hui encore. Pour mon grand oncle c'était " Poison ". Beaucoup moins sympathique.

Mais revenons à nos moutons... Pas de quoi sourire quoi qu'il en soit devant ce trottoir mouillé. Ce ne peut-être que la balayeuse puisque personne n'a de parapluie. Dommage j'adore sortir quand il pleut et qu'il fait gris et froid. Là il fait un soleil délavé jaune pisseux de phares en fin de vie. Oui, dommage...

Nous sommes vers la fin des années soixante ou début soixante dix : jupes courtes et bottes sous le genou. Pas pour moi. J'ai opté pour de longues robes indiennes et la coiffure courte de Julie Driscoll. Des bracelets du poignet jusqu'à la moitié du bras aussi. Là c'est ma mère qui aime moins.

Bref.

En revanche, je passe toujours du coté où le soleil n'est pas. Je déteste le soleil. Ce côté de trottoir me va bien. Pas de risques d'allergies. Oui j'ai des allergies diverses et variées et l'astre du jour en fait partie. Pas d'oedème de Quinck en vue. Penser à la vitamine D !

Tiens, il y a un troupeau d'humains. La télé derrière une vitrine ? Un conciliabule du troisième âge ? Un embouteillage piéton ? Va savoir...

A gauche, un pull rouge. (  Pour l'équilibre de la toile c'était obligatoire.)

Et ils vendent quoi derrière le troupeau ? Du vin chaud ? Des marrons mal grillés ? Des souvenirs ? Des bonnets/écharpes/gants ? Des journaux ?

Petit aparté :

Tôt le matin ou fin d'apès midi ? Faudrait savoir où se trouve ce boulevard pour en connaître l'orientation....  Est ? Ouest ? Nord ? Sud ? Ben là je sais pas.

Fin de l'aparté.

Une vie banale. Une dame qui revient de shopping... Un quidam qui traverse... Une impatiente qui attend le bus...

Zut ! J'ai encore décollé sans crier gare. Je m'étais promis de faire attention, de ne plus laisser mon cerveau m'aspirer dans ses méandres labyrinthiques... Presque soixante neuf ans que je lutte ! J'en ai raté des stations de métro et des arrêts de bus ! 

Le pauvre, il y a bien vingt minutes que je l'ai oublié. Totalement ! J'ai bloqué mon regard sur la rue, mon café a refroidi ( mais j'ai l'habitude ), et tout à l'heure, entre deux évasions incontrôlées, j'ai par hasard tourné mon regard vers le bar. Je l'ai aperçu sans le voir... et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains. 

 

 Résultat d’image pour Julie Driscoll

 

 

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30 décembre 2019

Et tout ce qui va avec !

Capturevvv

 

Oui, je suis restée coincée aux cartes kitsch des années cinquante. Vous savez, celles avec des paillettes collées sur le dessin dont on mettait des semaines à débarrasser son pull quand on l'avait délicatement ouverte... Et si, par un choix judicieux de l'expéditeur un décor intérieur se dépliait en relief... cela devenait une féerie ! Non, je n'éxagère pas .

Je ne crois pas, hélas, que d'une journée à l'autre le " basculement " d'année change quoi que ce soit à la vie de quiconque. Je crois simplement que la vie continue sans se soucier de dates précises dans son déroulement.

Mais je souhaite à tous des paillettes de bonheur pour les 366 jours qui viennent !

 

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13 décembre 2019

La Jeanette et le Marcel...

creche

La consigne :

Cette toile de Claude Guilleminet, avec son bœuf et son âne gris, me rappelle quelque chose, mais quoi ?
Je trouverai bien quelque chose à vous en dire.
Je suis sûr qu’à vous aussi elle va inspirer une belle histoire.
Alors lectrices et rares lecteurs mais chéris aussi, je compte bien vous lire lundi.

*

- Si, Marcel ! Je les ai entendus ! Faudrait pas croire que je gadouille des méninges !

Marcel hochait la tête mi embêté, mi perplexe. L'âne, passe encore... Mais le boeuf, au prix qu'il est cette année, pensait il, c'était la catastrophe. Il comptait le vendre au moins 300 francs !

- Faut pas les laisser faire ! hurla Jeannette excédée.

- Pour sûr non ! grommela le vieil homme dans sa barbe mal rasée.

La Jeanette, énervée, claqua la porte de l'étable en vitupérant et proférant tous les noms d'oiseaux qu'elle avait entendus dans le canton depuis sa naissance. Et ce n'était pas de la veille. Ni de l'avant veille non plus d'ailleurs. Elle ramassa en passant deux seaux qui s'entrechoquèrent dans un tintamarre assourdissant, donna un coup de pied rageur à une poule en travers de son chemin et rentra chez elle écumante de colère.

- Non mais y en a marre de ces simagrées, Marcel ! C'est plus possible !  Déjà qu'en quatorze on nous a réquisitionné des bêtes, là... là....

Elle en perdait ses mots la vieille Desmollins ! Marcel, lui, homme taiseux et affable, se perdait en conjectures. 

- Et tu dis rien toi ? Tu ne dis jamais rien, alors ! Mais dis quelque chose ! Tu ne peux pas les laisser faire quand même !

Marcel passa un index autoritaire sous la visière de sa casquette élimée :

- Non, je ne laisserai  pas faire. Non....

Il n'y avait que le doigt d'autoritaire hélas, ce qui redoubla la ire de la Jeanette.

- Gné gné gné....je laisserai pas faire... gné gné gné.... Tu es un lâche, voilà ! Toujours tu te plains et jamais tu fais ce qu'il faut ! Tout le monde le sait et en profite... 

Marcel se leva péniblement en précisant qu'il allait aux poules. Il lui fallait prendre l'air pour réfléchir calmement à la chose. En traînant des sabots dans la boue de la cour il alluma une cigarette. Puis, tout bien réfléchi, se rendit au Café de la Place pour boire un canon. Lui aussi faisait du vin et en avait encore deux barriques, mais il était bien meilleur chez la Francette.

Après l'avoir appelé plusieurs fois en vain, la Jeanette sentit la colère la reprendre. Le saligaud s'était encore esquivé au café ! Chaque fois qu'il avait un problème à résoudre c'était la même comédie. Il filait au village, buvait un canon, puis deux, puis trois, puis... et il rentrait fin saoul comme un polonais ! 

Cette fois il pouvait courir, c'est à jeun qu'il allait traiter l'affaire. Elle sortit comme une furie, bifurqua sur sa droite vers l'église et se montra à la porte de l'estaminet les mains sur les hanches.

Elle n'eut pas le temps de prononcer une parole que Marcel était à deux mètres devant elle. Sur le chemin du retour, après deux ou trois coups de torchons vigoureux, elle le mit en demeure de régler le problème. Il ne pouvait plus reculer.

- Tu as entendu quoi, tu m'as dit ?

- J'ai entendu l'âne qui murmurait à l'oreille du boeuf. Il lui disait que cette année c'était à eux de souffler sur le petit Jésus de la crèche et qu'il fallait qu'ils partent après demain pour être sur place en temps et en heure. Et si le boeuf s'en va....

- Je vais aller leur parler, dit il en se levant.

Quand il revint la nuit était tombée et la Jeanette pilait du verre sur sa chaise en triturant nerveusement son torchon.

- ALORS ? demanda t elle avec impatience.

- Alors...alors... Les poules m'ont dit qu'ils avaient changé d'avis. Ils iront l'année prochaine. D'ici là...

 

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09 décembre 2019

Ma chère maman...

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Consigne :

Sur cette plage étrange, je pressens des évènements surprenants de déroulant sous la lumière de la Lune.
Dites nous ce que vous inspire cette inquiétante lumière traversant avec difficulté ces nuages tempétueux.
Je vais tenter quant à moi d’y lire quelque chose d’ici lundi… 

**

Ma chère maman,

Je vous écris d'un endroit somptueux dont le temps aujourd'hui est en osmose absolue avec mon humeur. N'en déduisez pas, comme à votre habitude que je suis triste, mélancolique, ou un mot issu de pathologies diverses et variées sur lesquelles vous avez autorité, en ce qui me concerne vous vous trompez toujours. J'aime seulement la nuit, les lourds nuages annonçant la pluie, l'eau, la lune, et ici tout est pour mon bonheur.

Non seulement je vais tout à fait bien mais je pense que c'est la première fois que je me trouve dans cet état de béatitude frisant l'extase. Cette plage est d'une beauté inouïe. Je sais, vous connaissant maintenant depuis trente cinq ans, que vous ne trouverez rien de transcendant à la photo que je vous envoie. Evidemment, puisque c'est moi qui vous la fait parvenir et vous la vante en termes dithyrambiques. Serait-ce quelqu'un dans vos bonnes grâces... que vous trouveriez l'endroit magique !

Magique, il l'est à plus d'un titre. Sans doute ne ressentirez vous pas le sentiment de liberté que je vis : Il est minuit exactement, les rochers m'entourent en ombres menaçantes mais je suis libre ! Enfin !

Ah ! Que je vous en donne la raison...

Ma chère maman, si vous n'êtes déjà assise, cherchez un siège et posez vous confortablement.

Hier au soir, comme tous les samedi, je me suis rendue à l'opéra. Vous le savez j'aime éperdument Verdi. Mais à l'idée de rentrer me coucher auprès de Charles-Edouard, je ne sais ce qui m'a traversé l'esprit... J'ai sauté dans le premier train qui devait quitter la ville. Et je ne compte pas revenir. 

Mon futur ex-mari, j'en suis certaine, fera un excellent Président de la République. Mais avouez que c'est un piètre mari, un piètre amant, un triste sire et un très mauvais joueur de poker. Il ne ment bien qu'en politique !

Que je vous dise aussi.

Lasse des faiblesses conjugales de ce pauvre Charles-Edouard, j'ai, bien sûr, invité dans ma morne existence un amant. Et depuis quelques mois ma vie se pare de couleurs que je pressentais mais dont j'ignorais jusque là les insondables possibilités.

Je vous concède  certes, que le mari vient de battre l'amant à plate couture aux dernières élections. Mais qu'importe ! Celui-ci est autrement intéressant. Cet homme est drôle, bon amant, excellent joueur de poker et pas tout à fait perdant au change.

Voilà, ma chère maman, je suis actuellement sur sa plage privée quelque part sur la terre, heureuse et libérée.

Je vous prie de croire, maman, à tout le respect que je suis censée vous devoir.

 Diane.

  

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